Les Euros Qui Dorment
← Retour aux articles ← Ép. 4·Ép. 6 →

Ce blog est un feuilleton. Être prévenu du prochain épisode →

Feuilleton · La chasse aux euros qui dorment / Épisode 5

Argent dormant à l'étranger : retraites, comptes et droits oubliés au-delà des frontières

14 juillet 2026

Précédemment

Dans les quatre premiers épisodes, nous avons vu que des milliards d’euros non réclamés dorment en France (épisode 1), comment les retrouver via Ciclade.fr (épisode 2), comment rechercher une vieille assurance-vie grâce à Agira (épisode 3), et comment récupérer des remboursements fantômes auprès de la Sécu, des mutuelles et du fisc (épisode 4). Aujourd’hui, on franchit les frontières.

Vous avez travaillé six mois à Bruxelles en début de carrière. Votre père a passé dix ans comme ouvrier en Allemagne avant de rentrer au pays. Votre sœur a été frontalière en Suisse pendant trois ans. Dans chacune de ces situations, des droits existent, souvent ignorés, parfois jamais réclamés. On estime que des centaines de milliers de Français ont des trimestres de retraite à l’étranger qu’ils n’ont jamais convertis en pension. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Les retraites étrangères oubliées : un trésor qui attend

Commençons par le plus gros. Quand vous travaillez dans un autre pays, vous cotisez au régime de retraite local. Ces cotisations créent des droits. Si vous ne les réclamez pas au moment de votre départ à la retraite, elles restent en attente, parfois indéfiniment.

Le premier réflexe : Info Retraite et le relevé de carrière international

En France, le point d’entrée unique est le site info-retraite.fr. Dans votre espace personnel, vous trouvez votre relevé de carrière. Ce relevé recense normalement les périodes validées en France et celles reconnues dans le cadre des accords européens ou bilatéraux. Mais attention : ce relevé n’est complet que si les organismes étrangers ont bien transmis l’information. Ce n’est pas toujours le cas.

La démarche concrète :

  1. Connectez-vous sur info-retraite.fr avec France Connect.
  2. Téléchargez votre relevé de carrière complet.
  3. Repérez les années où vous avez travaillé à l’étranger. Si elles n’apparaissent pas, il faut agir.

Dans l’Union européenne : les formulaires S1, P1 et le règlement 883/2004

Au sein de l’UE (plus la Norvège, l’Islande, le Liechtenstein et la Suisse), un règlement européen coordonne les régimes de retraite. Chaque pays conserve ses propres règles, mais tous s’échangent les informations via des formulaires standardisés.

Le formulaire clé s’appelle le formulaire de liaison. Concrètement, quand vous demandez votre retraite en France, la CNAV (caisse nationale d’assurance vieillesse) envoie automatiquement une demande aux caisses étrangères concernées — à condition que vous leur ayez signalé vos périodes de travail à l’étranger. Si vous ne le signalez pas, rien ne se déclenche.

Exemple concret : Marie, 63 ans, a travaillé 4 ans en Espagne entre 2001 et 2005. Au moment de demander sa retraite, elle mentionne ces années à sa CARSAT. Celle-ci contacte l’organisme espagnol (l’INSS). Marie reçoit alors deux pensions distinctes : une française, une espagnole, chacune calculée sur les périodes travaillées dans chaque pays. Sans cette mention, la pension espagnole n’aurait jamais été déclenchée.

Hors UE : les conventions bilatérales

La France a signé des conventions de sécurité sociale avec une quarantaine de pays : Maroc, Tunisie, Canada, États-Unis, Japon, Algérie, et bien d’autres. Ces conventions permettent de totaliser les périodes travaillées dans les deux pays pour ouvrir des droits.

Pour connaître les pays concernés et les démarches, rendez-vous sur le site cleiss.fr (Centre de Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale). C’est l’organisme officiel français pour tout ce qui touche à la protection sociale à l’international. Leur moteur de recherche par pays est remarquablement clair.

Les comptes bancaires oubliés à l’étranger

Vous avez ouvert un compte local pour payer votre loyer pendant votre expatriation. Puis vous êtes rentré, et ce compte est resté là, avec peut-être quelques centaines d’euros dedans.

En Europe : pas de Ciclade international (encore)

Contrairement à la France, il n’existe pas de base de données européenne centralisée pour les comptes bancaires inactifs. Chaque pays gère le sujet à sa façon.

  • Belgique : l’organisme Febelfin (fédération du secteur bancaire) publie des listes de comptes dormants sur le site www.comptes-dormants.be. Recherche gratuite, en ligne, résultat immédiat.
  • Royaume-Uni : le site mylostaccount.org.uk centralise les recherches auprès de toutes les grandes banques britanniques. Très efficace pour les anciens travailleurs ou étudiants ayant vécu outre-Manche.
  • Allemagne, Espagne, Italie : pas de portail centralisé. Il faut contacter directement la banque concernée avec vos anciens relevés ou documents d’ouverture de compte.

Le conseil le plus important : retrouvez d’abord le nom de la banque. Cherchez dans vos vieux papiers, vos anciennes boîtes mail, vos relevés de l’époque. Une fois la banque identifiée, contactez son service client international avec une copie de votre pièce d’identité. La plupart des banques européennes ont l’obligation légale de répondre.

Le cas particulier des frontaliers

Les travailleurs frontaliers — ceux qui habitent en France mais travaillaient en Suisse, au Luxembourg ou en Allemagne — ont souvent des comptes dans leur pays de travail. Ces comptes ne sont pas forcément dormants au sens légal, mais ils peuvent contenir des sommes oubliées : salaires versés tardivement, remboursements de frais, indemnités de fin de contrat.

Pour les anciens frontaliers suisses, la Centrale de compensation (à Genève) gère les comptes AVS (équivalent suisse de l’Assurance Vieillesse). Si vous avez cotisé moins de 12 mois au total en Suisse et que vous êtes rentré définitivement en France, vous pouvez demander le remboursement de vos cotisations AVS. Ce n’est pas un droit à retraite, mais un remboursement en capital. La démarche se fait en ligne sur ahv-iv.ch.

Héritages transfrontaliers : les droits des proches

Même si vous n’avez jamais mis les pieds à l’étranger, vous pouvez hériter de droits étrangers. Un parent parti travailler en Allemagne dans les années 1970, une grand-mère ayant vécu en Belgique — leurs droits non réclamés peuvent revenir à leurs héritiers.

La démarche pour les héritiers

Dans le cadre européen, le règlement européen sur les successions (n° 650/2012) facilite les démarches. L’outil concret s’appelle le Certificat Successoral Européen (CSE). C’est un document délivré par un notaire français qui prouve vos droits d’héritier dans toute l’UE. Avec ce certificat, vous pouvez contacter les organismes de retraite étrangers et les banques pour faire valoir vos droits.

Coût indicatif : entre 150 et 400 euros chez un notaire, selon la complexité. Rapprochez-vous d’un notaire avec tous les documents du défunt : anciens contrats de travail, bulletins de salaire étrangers, attestations de cotisation.

Ce qu’on a vu

  • Les droits à retraite étrangers ne se déclenchent pas automatiquement : il faut les signaler soi-même à sa caisse française via info-retraite.fr.
  • Dans l’UE, le règlement 883/2004 coordonne les régimes, mais c’est à vous d’activer la démarche.
  • Pour les pays hors UE, le site cleiss.fr liste toutes les conventions bilatérales et explique comment procéder pays par pays.
  • Les comptes bancaires oubliés à l’étranger se recherchent via des portails nationaux (Belgique, Royaume-Uni) ou directement auprès des banques.
  • Les anciens frontaliers suisses peuvent récupérer leurs cotisations AVS en capital s’ils ont cotisé moins de 12 mois au total.
  • Les héritiers peuvent utiliser le Certificat Successoral Européen pour faire valoir des droits hérités dans toute l’UE.

Demain

Vous savez maintenant où chercher, en France et à l’étranger. Mais la chasse aux euros dormants attire aussi les prédateurs : faux organismes de récupération, sites frauduleux qui vous font payer pour un service gratuit, arnaques par mail ciblant précisément les personnes qui ont des droits à récupérer. Dans le dernier épisode, on dresse la checklist complète des 10 vérifications à faire, on vous apprend à repérer une arnaque en 30 secondes, et on vous donne les astuces concrètes pour accélérer vos démarches officielles quand ça traîne. La chasse touche à sa fin — autant la terminer sans se faire plumer.

Valide tes acquis

Les questions des jeux viennent des épisodes que tu viens de lire. Choisis ton arène :

Cet article a été rédigé par une intelligence artificielle. Il est informatif et ne constitue ni un conseil médical, ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement.